En 1957, le sultan prend le titre de roi sous le nom de Mohammed V. Son fils Hassan II lui succède en 1961, puis son petit-fils Mohammed VI, en 1999.

Règne de Mohammed V

Au cours des premières années d’indépendance, jusqu’en 1960, la politique marocaine consiste à reconstituer le « Grand Maroc » (ou du moins l’Empire chérifien dans ses frontières antérieures à 1912) englobant la Mauritanie, une partie de l’Algérie, le nord-ouest du Mali, voire l’archipel des îles Canaries, projet dans lequel le roi ne voulait pas être débordé par le parti de l’Istiqlal. Après le retrait d’Allal El Fassi, l’abandon de cette idéologie se confirme par la reconnaissance officielle par Rabat de la République islamique de Mauritanie nouvellement indépendante. Le gouvernement d’Abdallah Ibrahim (1958-1960), d’orientation socialiste, marque la volonté d’émancipation du Maroc qui se traduit diplomatiquement par son adhésion à la Ligue arabe et par son soutien au panafricanisme, et financièrement par l’abandon du franc marocain, indexé sur le cours du franc français, au profit du dirham. Le Maroc est en outre l’un des membres fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine, et abrite en 1961 un sommet auquel participent le Mali, la Guinée, le Ghana, la République arabe unie et le GPRA, tous réunis au sein du groupe de Casablanca qui milite pour une unification avancée du continent

L’opposition à la France et à sa politique coloniale, notamment durant la guerre d’Algérie, conduit également le Maroc à abriter des bases et des camps d’entraînement du FLN algérien, ainsi que le commandement de la Wilaya V : il s’agit de l’état-major de l’armée des frontières, connu sous le nom de clan d’Oujda et regroupant les futurs dirigeants de l’Algérie indépendante, tels que Houari Boumédiène et Abdelaziz Bouteflika.

Règne de Hassan II, roi de 1961 à 1999.

Le 3 mars 1961, à la mort de son père, le prince Moulay Hassan est proclamé roi du Maroc sous le nom de Hassan II. Les années 1960 sont marquées par un climat politique particulièrement tendu. En octobre 1965 disparaît à Paris Mehdi Ben Barka, chef de l’opposition de gauche issue de la scission avec l’Istiqlal (Union nationale des forces populaires) et qui, en tant que leader du tiers-monde, devait présider la Conférence tricontinentale de La Havane en 1966. Toujours en 1965, Casablanca est agitée par de graves émeutes sociales violemment réprimées. Le régime instaure un état d’exception jusqu’en 1970. Cette décennie ouvre ainsi la période des années de plomb au Maroc.

Le Rif dans ce contexte a été saigné à blanc par l’Histoire et a payé un lourd tribut vis à vis de la monarchie. L’une d’elles, de ces horreurs, est bien sûr la répression sanglante, par le Roi Mohamed V, du soulèvement rifain de 1958, deux années après le dite indépendance, par l’entremise du Général Oufkir et du prince Moulay Hassan, le futur Roi Hassan II. Répression qui fit des milliers de morts. La période trouble du dite indépendance en 1956, obtenue auprès des français, mais toujours pas auprès des espagnols, qui contrôlaient alors encore le Rif et le Sahara Occidental. Une période d’incertitude et de tensions autonomistes rifaines qui déboucha sur la terrible et sanglante mise au pas de 1958.

La tension politique latente, consécutive à l’état d’exception, se manifeste par les tentatives de coups d’État militaires du général Medbouh et du colonel M’hamed Ababou contre le palais de Skhirat (1971), ainsi que par l’attaque du général Oufkir contre le Boeing royal en plein vol (coup d’État des aviateurs de 1972). En 1973, afin d’atténuer ces tensions politico-sociales, Hassan II procède à la « marocanisation » des entreprises et des terres encore détenues par des colons français (près de 100.000 Français vivent encore au Maroc en 1971).

Il envoie également un corps expéditionnaire marocain combattre aux côtés des autres armées arabes durant la guerre du Kippour contre Israël, et qui s’illustrera sous les ordres du colonel Abdelkader El Allam au cours de l’offensive du plateau du Golan. Le Maroc assure aussi sa dimension géopolitique africaine en envoyant, en coordination avec les États-Unis, la France et la Belgique, des détachements de ses forces armées royales combattre au Katanga les rebelles pro-soviétiques du FLNC opposés au dirigeant zaïrois Mobutu Sese Seko pendant la première et la deuxième guerre du Shaba (1977-1978).

En 1969, à la suite de l’incendie criminel de la mosquée al-Aqsa à Jérusalem, les dirigeants des pays musulmans se réunissent à Rabat et décident de la création de l’Organisation de la coopération islamique. Le roi Hassan II devient par la suite président du comité Al Qods chargé de surveiller l’évolution de la situation de Jérusalem et de ses lieux saints musulmans soumis à l’occupation israélienne. Le Maroc s’implique dans les négociations secrètes entre les États-Unis, Israël et l’Égypte qui aboutiront aux accords de Camp David en 1978 et à la restitution du Sinaï occupé par les Israéliens depuis 1967 aux autorités égyptiennes.

Mais c’est surtout vers les territoires du Sahara occidental sous domination espagnole (que les Marocains revendiquent comme Provinces du Sud) que se porte l’attention du roi en 1975. En 1969, l’Espagne rétrocède l’enclave d’Ifni, onze ans après le territoire de Tarfaya (1958), mais la décolonisation du Sahara est incomplète, puisque le Rio de Oro et le Seguia el-Hamra connaissent encore l’occupation coloniale et la répression militaire espagnoles. C’est au lendemain de la disparition de Francisco Franco, caudillo de l’État espagnol depuis 1939, que le Maroc entame une récupération planifiée de ces territoires, connue sous le nom de Marche verte (novembre 1975).

1963 : guerre des Sables

La guerre des sables d’octobre 1963 est un conflit militaire opposant le Maroc et l’Algérie peu après l’indépendance de celle-ci. Après plusieurs mois d’incidents frontaliers, la guerre ouverte éclate dans la région algérienne de Tindouf et Hassi-Beïda, puis s’étend à Figuig au Maroc. Les combats cessent le 5 novembre, et l’Organisation de l’unité africaine obtient un cessez-le-feu définitif le 20 février 1964, laissant la frontière inchangée

1980-90 : instabilité sociale

Depuis les dernières décennies post-coloniales, le Maroc penche pour une politique nationale agricole tandis que son voisin algérien se tourne vers l’industrialisation et la planification socialiste. Cette décision ne suffit pas à enrayer les inégalités sociales qui déclencheront la colère de la population à travers les émeutes de 1981 à Casablanca et de 1984 à Marrakech et dans le Nord (Tétouan, Al Hoceima, Nador). Les campagnes agricoles sont victimes d’une longue période de sécheresse, tandis que la chute des cours du phosphate et la politique de rigueur budgétaire imposée par le FMI assombrissent la conjoncture économique. Durant les années 1980, le roi Hassan II annonce la candidature marocaine à l’adhésion à la Communauté européenne, qui est déclinée par la Commission de Bruxelles. Le Maroc obtiendra en revanche un statut de partenaire avancé auprès des institutions européennes et sera un acteur incontournable du dialogue euro-méditerranéen.

En revanche, l’année 1988 est celle de la réconciliation officielle entre le Maroc et l’Algérie, concrétisée par le rétablissement des relations diplomatiques et la réouverture des frontières, cette dernière mesure prenant fin en 1994. En 1989 à Marrakech une réunion des cinq chefs d’État maghrébins marque la naissance de l’Union du Maghreb arabe, regroupant le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie, et prévoyant à terme l’émergence d’un marché unique et la libre circulation des biens et des personnes. La crise latente entre Rabat et Alger via le conflit au Sahara empêche cependant la réalisation de ces objectifs.

En 1984 avait déjà eu lieu une tentative de fusion maroco-libyenne à la suite du traité d’Oujda pour compenser le retrait du Maroc des instances de l’OUA (à la suite de la reconnaissance officielle du mouvement sahraoui par l’organisation panafricaine). Mais cette union binationale échoue en 1986 à la suite de la visite au Maroc du Premier ministre israélien Shimon Peres, accueilli à Ifrane par le roi, et au bombardement aérien de la Libye par les États-Unis alliés du Maroc. L’hostilité de l’administration Reagan à l’égard du régime de la Jamahiriya de Mouammar Kadhafi entérine donc la fin de l’union maroco-libyenne.

1991 à 1999

Le Maroc se distingue comme faisant partie des pays arabes ayant envoyé un contingent au Koweït aux côtés des Occidentaux pendant la guerre du Golfe, malgré les fortes manifestations populaires dans les rues marocaines en faveur de l’Irak de Saddam Hussein.

Sur le plan intérieur, les années 1990 voient s’amorcer une relative libéralisation du régime par le roi Hassan II, politique qui culmine avec la tenue des élections démocratiques de 1997 et la formation d’un gouvernement dit d’alternance, présidé par Abderrahman El Youssoufi de l’USFP (socialiste), et qui succède aux gouvernements technocratiques de Mohammed Karim Lamrani et d’Abdellatif Filali. Les prérogatives royales restent néanmoins confirmées par les référendums constitutionnels de 1992 et 1996.

En 1994 Marrakech abrite la réunion internationale qui aboutit à l’accord instituant l’Organisation mondiale du commerce.

Règne de Mohammed VI

En 1999, Mohammed VI succède à Hassan II. L’une des premières mesures du nouveau roi est de démettre Driss Basri de sa fonction de ministre de l’Intérieur (qu’il occupait depuis 1979) mais de maintenir El Youssoufi à son poste de Premier ministre jusqu’en 2002. Succèdent au vieux leader de gauche, comme chefs du gouvernement, Driss Jettou puis Abbas El Fassi à partir des élections législatives de 2007 qui voient la victoire de l’Istiqlal.

Au début du xxie siècle, le Maroc se trouve confronté à un certain nombre de crises et de défis : conflit de l’îlot Persil avec l’Espagne en 2002, terrorisme avec les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, et celui du 28 avril 2011 à Marrakech, puis émeutes à Sidi Ifni en 2008 et à Taza en 2012, qui mettent en relief toutes les problématiques auxquelles le pays doit faire face.

Le Maroc est touché en 2011 par les remous du printemps arabe et connaît une série de manifestations populaires axées autour du mouvement du 20-Février. Le roi fait alors approuver une nouvelle Constitution par référendum, qui redéfinit entre autres le rôle du gouvernement et officialise l’usage de la langue amazigh au côté de l’arabe. Les élections législatives qui s’ensuivent sont remportées par les islamistes modérés du PJD. Abdel-Ilah Benkiran issu du PJD est nommé à la suite de ce scrutin chef d’un gouvernement de coalition avec le RNI, le Mouvement populaire et le PPS. Le PJD confirme sa forte présence au niveau local et régional à la suite des élections communales de 2015.

Fin 2016, des manifestations massives ont lieu à Al-hoceima suite à la mort dans des conditions très mystérieuses d’un vendeur de poissons. Les habitants accusent les forces de l’ordre d’avoir ordonné l’activation d’une broyeuse alors que Mohcine Fikri, le vendeur de poisson, s’y trouvait.

Sur le plan extérieur, toujours en 2015, le Maroc participe officiellement à l’Opération Tempête décisive déclenchée par l’Arabie Saoudite contre l’insurrection houthiste au Yémen. En 2016, Rabat opère un virage stratégique en direction de la Russie et de la Chine, après des visites royales dans ces pays133,134. Le Maroc dépose un recours pour intégrer l’Union africaine en 2017 afin de retrouver sa dimension géopolitique continentale. Les élections législatives d’octobre 2016 sont remportées par le PJD avec une majorité relative.

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